Numéro#161

Publié le 03/06/2026

L'édito

Polycrises, polyrésilience ?

Être entrepreneur ces dernières années suppose d’avoir le cœur bien accroché. Non pas que les crises n’aient pas existé dans le passé. Il y en eut, et des très solides. Souvenons-nous dans notre région de la fin des mines ou de la crise sidérurgique qui conduisit à la disparition des hauts fourneaux à Denain, par exemple. Sans parler des périodes tragiques de l’Histoire avec tout de même deux guerres mondiales aux dommages particulièrement lourds chez nous.

Mais force est de constater une accumulation singulière de vents contraires et de secousses considérables depuis quelques années : Brexit, Covid, inflation, dissolution ratée, Ukraine, tarifs douaniers américains, et maintenant le blocage du détroit d’Ormuz avec ses pénuries de produits pétrosourcés et l’inflation importée. Face à cela, les entreprises ont tenu bon jusqu’ici. Nous montrons dans ce numéro des exemples de choix alternatifs aux énergies fossiles qui permettent à des entreprises d’amortir ou d’éviter le nouveau choc pétrolier. Le président de la CCI Hauts-de-France Philippe Hourdain relève une forme d’accoutumance remarquable à l’adversité dans notre région. Deux nouvelles entreprises bien connues deviennent centenaires cette année, la brasserie Castelain et les miroiteries Dubrulle, preuve d’une capacité hors norme à se réinventer et franchir les obstacles dans le temps très long. 

Certes, mais il ne faudrait pas non plus fantasmer des capacités infinies d’adaptation et de maîtrise sans limite des difficultés. Oui les entrepreneurs sont des personnes hors norme, poussées par le besoin vital de créer de la valeur, de développer, de se projeter. Et la polycrise a sans doute créé une polyrésilience. Mais la montée en régime inquiétante des défaillances d’entreprise - y compris des grands noms - depuis plusieurs mois, doit nous faire réfléchir collectivement aux limites du système économico-institutionnel dans lequel nous naviguons. Les charges d’un Etat obèse et hyperendetté, incapable de se réformer vraiment depuis des décennies, mais aussi la pression des normes qui s’alourdit chaque jour (35 000 normes et 400 000 règlements en vigueur !) malgré les vaines incantations de choc de simplification, auxquelles vont s’ajouter, à n’en pas douter, de grosses incertitudes politiques à l’approche de l’échéance présidentielle : voilà un cocktail fort dangereux pour le tissu économique. Il est urgent que les entreprises prennent davantage la parole et exigent à l’unisson des réformes impérieuses pour nous éviter le sort du Portugal ou de la Grèce il y a quelques années.

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