EntreprendreEdito n°65: Octobre 2016

> Innovation

Test de tuberculose : Genoscreen prend une place mondiale


L'entreprise de génomique lilloise a permis des avancées considérables dans l'analyse des résistances aux antibiotiques contre la tuberculose. Elle espère une consécration par l'OMS. Et prévoit 15 embauches d'ici à 2020.


André Tordeux, au milieu, et à droite Stéphanie Ferreira, directrice R & D

André Tordeux, au milieu, et à droite Stéphanie Ferreira, directrice R & D

 

Le bacille de Koch continue à tuer par centaines de milliers tous les ans dans le monde. 1,5 million de morts dus à la tuberculose – l’équivalent de 10 Boeings 745 par jour !-et surtout des bactéries qui se montrent toujours plus résistantes aux antibiotiques. On parle de cas multirésistants (500 000 / an) voire « ultrarésistants » (50 000/an). C’est un sujet de santé publique mondiale sur lequel l’OMS est très vigilante. Et c’est là qu’une entreprise lilloise, Genoscreen, a développé un savoir- faire exceptionnel. Spécialiste de l’analyse de l’ADN, cette entreprise créée en 2001 par André Tordeux est spécialisée dans la génomique des micro-organismes et notamment des microbes et dans le développement d’outils analytiques et diagnostiques. En 2012, Genoscreen a remporté un appel d’offres pour un programme européen associant les universités d’Oxford et de Münster ainsi qu’un centre de recherche à Hambourg sur la tuberculose. Ce programme s’est achevé fin 2015 et va se poursuivre par un programme d’évaluation sur cinq ans en Afrique. Genoscreen a réussi en particulier, à partir de l’analyse des génomes de souches chinoises, à remonter la pelote de leur histoire bio- logique. Puis à développer un outil de prédiction des résistances aux antibiotiques, baptisé Deeplex. Ce test par séquençage ADN permet d’éviter l’étape de mise en culture des bactéries, et de gagner ainsi près d’une semaine précieuse de traitement des tuberculeux. Le test identifie la bactérie, la souche et ses résistances. Genoscreen espère désormais une procédure d’endossement de l’Organisation Mondiale de la Santé. Des évaluations seront menées dans deux centres au Bénin et au Rwanda. La fondation Gates est également intéressée et en négociation avec Genoscreen. Quelle traduction économique à cette avancée spectaculaire ? « Ce sera quelques millions d’euros de chiffre d’affaires. Mais le produit évoluera constamment. Nous sommes déjà au premier rang mondial sur le typage », se réjouit André Tordeux.

sols

En parallèle, la société travaille sur un autre sujet qui suscite un intérêt croissant, le microbiote, ce mélange de bactéries, microorganismes, protozoaires, qui colonisent et équilibrent les différents environnements. La société a acquis des séquenceurs et propose des outils d’analyse à destination des chercheurs comme de l’industrie. Mais le champ des possibles est immense, certains secteurs sont déjà très courus (obésité, diabète, MICI…). Aussi la stratégie d’André Tordeux et de Stéphanie Ferreira, directrice R & D (à d sur la photo), est se positionner dans des secteurs encore vierges comme l’environnement ou l’analyse des sols. Exemple : l’analyse de la qualité biologique des vignes. Déjà Genoscreen a créé un premier outil, Metabiote, grâce auquel 6 à 7000 analyses sont faites chaque année. La société vise aussi le secteur de la remédiation des sols pollués. « Demain, on pourra dépolluer les sols avec des bactéries, de façon naturelle », s’enthousiasme Stéphanie Ferreira. un premier programme est en cours avec le BRGM et l’université de Strasbourg sur les pollutions chlorées. Genoscreen se place aussi dans d’autres domaines comme la cosmétique et affiche des références haut de gamme. « La stratégie est de devenir le numéro un en expertise, consulting et accompagnement. On est en train de se transformer en laboratoire d’analyse et de recherche», expose Alain Tordeux. Avec en perspective une levée de fonds internationale, pour renforcer sa visibilité. Genoscreen vise un chiffre d’affaires de 15 à 17 M€ en 2020 contre 2,6 M€ cette année. Son effectif de 30 personnes devrait croître d’une quinzaine de postes d’ici là

Olivier Ducuing