EntreprendreEdito n°70-Avril 2017

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Smart Farming: l’agriculture régionale amorce sa mutation numérique


Depuis juin, le projet SFIM ( Smart Farming Input Mitigation) mobilise la filière maraîchère autour de projets innovants dont la robotisation du désherbage.


AnatisAprès la mécanisation, l’agriculture se frotte au défi de sa numérisation. Un enjeu à la fois environnemental et économique, que la première région agricole de France se doit d’anticiper. C’est toute la raison d’être du projet SFIM lancé en juin 2016. Dans le viseur : la réduction des intrants chimiques et hydriques. Initiée à l’origine par le Pôle légumes de la région Nord, l’initiative rassemble le CTIFL (Centre technique interprofessionnel de fruits et légumes), le numéro un mondial du légume Bonduelle, la start-up Weenat, l’école d’ingénieur lilloise ISA et le groupe Carré, fabricant d’outils agricoles basé en Vendée. « Nous allons essayer d’être plus en amont de l’innovation plu- tôt que d’être attentiste c’est à dire en tant que porteurs de projets », promet Dominique Werbrouck, directeur du Pôle légume. La première phase portée par Carré, s’achèvera en août. Son budget est de 400 K€ financés à 50% par le Programme investissement avenir. Leur union s’est d’abord concentrée sur Anatis, du nom de ce robot développé par Carré pour automatiser le binage. Grâce à l’effort des partenaires, il est désormais capable de repérer des plantes adventices dans des rangs de se- mis puis de les traiter localement avec un herbicide par micropulvérisation. Pour l’instant, ce procédé n’a été testé que sous serres dans des plants de ha- ricots. Les premiers essais en plein champ se dérouleront cet été chez un producteur du groupe Bonduelle. « Le problème est maintenant de transposer la solution sur d’autres cultures comme l’oignon. Pour chacune d’entre elles, il faudra développer des algorithmes particuliers », anticipe Laurent Guilloton, responsable produit du Groupe Carré qui espère commercialiser la solution courant 2018.

Un second volet vise l’irrigation intelligente. L’ISA, la start-up lilloise Weenat et le groupe Bonduelle ont réuni leurs talents et leur expérience pour automatiser le bilan hydrique d’une parcelle test. Plus besoin de relever les données pluviométriques pour remplir une feuille de calcul. Un capteur au sol se charge du travail et de préconiser des solutions à l’agriculteur. Les partenaires de SFIM aimeraient engager une seconde phase pour aller encore plus loin : « A terme, le robot embarquera d’autres capteurs pour produire d’autres informations sur la plante ou sur la parcelle comme son contenu en eau ou la présence de ravageurs ou de maladies », souligne Bertrand Vandoorne, enseignant-chercheur à l’ISA. Les données relevées serviront à cartographier les be- soins hydriques d’une parcelle pour une irrigation beaucoup plus ciblée et donc plus sobre. Beaucoup d’informations à traiter et interpréter. En parallèle, Weenat développera une plate- forme web qui centralisera toutes les données collectées par les capteurs pour les visualiser. Un outil d’aide à la décision qui guidera les agriculteurs de demain sur la quantité d’intrants à utiliser dans leurs cultures.Pour cette seconde phase, les partenaires espèrent un financement du fonds Cadar du ministère de l’Agriculture. Ils at- tendent la réponse au cours de l’été.

Etienne Vergne