TRIEdito n°66-Novembre 2016

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REV3 : de l’impulsion publique à l’appropriation privée


Déjà trois ans de révolution industrielle dans la région! Après la phase d'impulsion publique, les acteurs se sont appropriés ce qui n'est plus un concept mais un mode d'entreprendre.


L'unité du Symevad, à Hénin-Beaumont

L’unité du Symevad, à Hénin-Beaumont

 

Hormis pour quelques « happy few », la troisième révolution industrielle restait il y a trois ans un concept très brumeux, et très teinté de marketing, d’un économiste américain décrié par certains. Le dernier livre- bilan publié par la CCI Nord de France pendant le World Forum en dit long sur le chemin parcouru ! Pas moins de 700 initiatives autour de ce qui est désormais renommé Rev3, et élargi à tous les Hauts-de-France sont recensées dans cet ouvrage très riche qui ne se prétend d’ailleurs pas exhaustif.
On y relève à la fois des programmes collectifs d’envergure, avec un portage public, à l’instar de Methania, qui vise à faire de la région le leader européen de la biométhanisation, ou encore l’importante mobilisation des acteurs du logement pour abaisser la consommation -et donc la facture- énergétique. L’enjeu se chiffre en milliards d’euros. On peut ajouter l’ambitieux projet de pôle de chimie verte Verem, à Lille, porté par le pôle de compétitivité Matikem. Économie circulaire, énergies renouvelables, réseaux intelligents de régulation de l’électricité, éco-quartiers montent tous en puissance de façon très visible, tandis que l’enseignement supérieur s’implique d’une manière toujours plus intense.
Mais ce qui est spectaculaire est le foisonnement d’initiatives prises à l’échelle de chaque entreprise, petite ou grande, qui s’approprient à leur échelon la démarche collective : certaines sont au cœur du concept de troisième révolution industrielle comme les productions locales d’énergies renouvelables, à base d’hydroliennes comme EEL Energy, de photovoltaïque ou d’éolien, mais aussi les fabricants d’imprimante 3D comme Dagoma. D’autres y viennent par l’introduction de matériaux écoconçus comme les carrosseries en lin de Durisotti. D’autres encore par l’émergence de nouveaux modèles, à l’exemple de la société de RH Visiotalents et ses candidatures par vidéos différées, Cmabulle qui partage en toute sécurité les conduites d’enfants par les parents, ou encore Jean Bouteille, qui redécouvre le principe de la consigne pour remettre les bouteilles en verre au goût du jour.

 

Hub Financement

Tout ce bouillonnement créatif peut aussi s’appuyer sur des outils financiers spécifiques très originaux qui commencent eux aussi à monter en régime. On y trouve d’abord une plateforme unique, un « hub financement » qui se réunit tous les 2 à 3 mois à la CCI de région : les porteurs de projets viennent y « pitcher » devant en général 12 à 15 financeurs. Le hub examine 4 à 5 dossiers par séance, dont 2 à 3 en moyenne trouvent un financement. La Rev3 régionale a aussi lancé un livret d’épargne dédié, porté par le Crédit coopératif. Il a déjà collecté 14,5 M€, venant de 75 départements, alors même que les pro- jets financés sont strictement réservés aux Hauts-de-France. 25 projets ont trouvé un financement sous forme de prêts de 50 K€ jusqu’à 1 M€. Enfin, Cap3RI est un fonds d’investissement ouvert le premier janvier dernier. Doté de 40 M€, géré par Nord Capital Partenaires, il est conçu pour entrer au capital d’entreprises pour des tickets de 1 à 3 M€. Cap3RI a déjà tenu deux comités d’investissement et examiné 4 dossiers. La première participation devrait intervenir avant la fin de l’année, et le fonds lui-même a vocation à grossir très prochainement

Olivier Ducuing