Grand AngleEdito n° 78- Février 2018

> L'interview

« NOTRE MISSION PRINCIPALE EST DE FORMER DES GENS QUI VONT TROUVER DU BOULOT »


L'université fusionnée de Lille est réalité depuis le 1er janvier. Comment cette université XXL évolue-t-elle vis à vis de la sphère économique ? Eco 121 a rencontré son vice-président aux partenariats socio- économiques, GHISLAIN CORNILLON. Un Monsieur Economie au discours radicalement pro-business


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Quel a été le renouvellement des équipes dans le nouvel exécutif ?

40% des équipes sont nouvelles. Il y a des représentants de chaque université de dé- part et une représentation des genres équilibrée. Jean-Christophe Camart est allé chercher des gens en fonction de leurs compétences. Je suis très content que l’université prenne des gens issus du privé pour parler à des gens qui travaillent dans le privé.

 

C’est votre cas ?

En effet, j’ai fait une école de commerce, j’ai ensuite travaillé dans une SSII régionale, Absys Siborg. Puis dans le domaine de la formation continue avec ma société Adéquation. Il y a 7-8 ans, j’ai commencé à donner des cours à la faculté. Puis on m’a demandé d’être doyen de l’IMMD à Roubaix, que j’ai managé pendant presque 5 ans. On a fait un très beau cam- pus universitaire et obtenu le label grande école pour cette université. Puis le président Xavier Vandendriessche m’a demandé de prendre en charge les relations avec le monde économique, ce que j’ai fait pour Lille 2 pendant deux ans. J’ai participé notamment, avec d’autres, au développement de 5 start up dans lesquelles on a investi dont Genfit, Alzprotect, Genoscreen, IBD…

 

L’unicité d’université va-t-elle simplifier la relation avec le monde économique ?
Oui. Nous sommes tellement gros que nous devons simplifier les échanges. L’Université de Lille est la deuxième de France avec 67 000 étudiants -derrière Aix-Marseille- et regroupe 25 composantes qui couvrent tous les champs de la formation et de la recherche. C’est pour cela que nous avons créé «U-Link», une porte d’entrée simple pour les gens qui ne nous connaissent pas.

 

Concrètement, de quoi s’agit-il ?

C’est un hub facilitateur pour monter des projets. Ce n’est pas un guichet unique qui aurait vocation à concentrer tout le flux. Celui-ci peut venir de toutes parts. Le but est de co-réaliser et cofinancer des projets concrets : nous avons besoin des parte- naires socio-économiques pour monter des projets comme une nouvelle forma- tion ou une plateforme d’alumni, tout comme les partenaires ont besoin de nous. C’est un peu nouveau car on avait tendance à voir les choses depuis notre périmètre universitaire.

 

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Je suis un chef d’entreprise, je me dis qu’il y a un potentiel à l’université, mais je ne sais pas à quelle porte frapper. Comment je fais ?

Vous appelez U-link, ou vous nous contactez par mail. On s’engage à répondre sous 48 heures pour déterminer le besoin et identifier dès le départ si on fait ou non, si ça ne fait pas du tout partie de notre prisme. Nous nous mettons au service du monde économique, avec notre équipe de 6 personnes plus le vice-président. Les demandes vont nous pousser à sortir de nos murs, voir les réalités, apporter les réponses opérationnelles, en réfléchissant aux business models de ces projections.

 

L’université met le focus sur le seul caractère opérationnel des diplômes?

On doit bien sûr donner des compétences d’ouverture, de compréhension des systèmes complexes, mais on a aussi besoin d’être spécialisé quand c’est nécessaire. Notre mission principale est de former des gens qui vont trouver du boulot. D’ailleurs, le principal indicateur de notre réussite est le taux d’insertion professionnelle (placement 4 mois après le diplôme), qui est déjà à 91%.

 

Vous parliez de créer des formations avec le monde de l’entreprise ?

Tout à fait. On a l’exemple de la fac de fi- nance comptabilité, qui avec le CMNE, a co-créé un mastère avec la profession. Nous ouvrons également une chaire Rev3 cofinancée par la Région et la CCI. Nous allons faire des deals, j’assume le mot, des accords gagnant-gagnant avec les entreprises pour développer des projets intéressants. L’ouverture au monde socio-économique est très claire, y compris bien sûr l’économie sociale et solidaire qui représente 12% de l’emploi régional. Nous sommes déjà le premier acteur français de la formation continue pour le monde universitaire, avec plus de 17 M€ de chiffre d’affaires. Nous avons un potentiel pour monter à 60 M€.

 

On est loin de l’image traditionnelle de l’université…

Une étude de notoriété et d’image auprès du monde économique il y a deux ans a révélé une incompréhension, non sur notre utilité, mais notre organisation. On ne sait pas rentrer en contact avec nous. Et on nous demande d’accélérer. Le terme à la mode est agilité, je le revendique. D’autant que l’ouverture de l’université n’est pas connue, on a l’impression qu’on est des mandarins dans notre espace. Je ne dis pas que ça n’existe pas, mais c’est moins fréquent qu’on pourrait l’imaginer. Nous devons être compétitif sur le marché de l’enseignement et de la recherche. Il y a une forme de compétition saine entre les acteurs et je ne vois pas pourquoi l’université publique serait un compétiteur différent. Souvent on a une représentation de l’université basée sur des images d’Epinal : des gens éloignés du monde écono- mique, dans des formations peu opérationnelles… Non ! L’université de Lille, ce sont des médecins, des ingénieurs, des fiscalistes, des gens de marketing aussi.

Malgré son nouveau nom, les appartenances initiales ne vont-elles pas résister ?
Certainement. Mais on va vivre les mêmes étapes que les entreprises qui fusionnent, qui se modernisent, qui se rapprochent, qui mutent. Ce qui m’importe, c’est de valoriser la marque de la nouvelle université, qu’on crée une valeur commune, dans notre démarche de service public. On va travailler à notre cohérence stratégique, à notre plateforme de marque et à notre capacité à générer des valeurs, pour reprendre un vocabulaire d’entreprise. On n’a pas fait un big bang, on a fait une démarche qui a pris du temps, mais on a résolu beaucoup de problèmes.

 

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Cette même lenteur que certains ont reproché d’avoir fait perdre l’IDEX…
Je ne suis pas d’accord, nous avons eu l’i-Site Plus. Le prisme de thématique de recherche y est un peu plus précis. Mais nous avions demandé 15 M€ par an et 650 M€ à la fin et c’est ce qu’au final nous aurons, parmi 8 universités françaises. L’objectif est de faire une grande université Nord Europe qui comporte les écoles de commerce, d’ingénieurs, la Catho. Ce n’est pas de la seconde division !

 

Nous fédérons autour de projets importants. L’université de Lille tient son rang.

Les milieux économiques sont-ils en attente par rapport à l’université ? La soirée des partenaires au départ a été menée pour défendre l’Idex. On a récupéré un soutien financier extrêmement important de la part des entreprises, soit 78M€. C’est colossal. La soirée 2017 était dans ce mouvement. Sur les trois dernières années, on l’a fait à la Plaine Images, à Euratechnologies et à la CCI. Cela montre notre ouverture, on va là où les entreprises sont. L’an prochain, on souhaite amener les entreprises au coeur de l’université, à l’Illiad ou au siège, ici. Je souhaite qu’on puisse valoriser les composantes pour que les partenariats se voient.

 

Comment allez-vous créer une vision commune en interne ?
On a fait notre premier séminaire de vision, «de la vision à l’action», un plan stratégique concret d’ici à 2022. On applique les fondamentaux de la stratégie d’entreprise à cette structure. Les bonnes pratiques des entreprises sont totalement applicables au monde universitaire en fédérant les gens.

 

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Cette politique de l’université va-t- elle s’appuyer sur de nouveaux outils informatiques ?
Deux investissements majeurs sont prévus : le premier, c’est une plateforme des alumni -la gestion des centaines de milliers de personnes qui ont validé une année ou un parcours. Or, pour l’instant, nous n’avons pas d’outil collectif. Le deuxième élément est la création d’un CRM, outil de gestion des partenaires partagé, qu’on n’a pas pour l’instant ; On a des bases de données un peu datées, qu’on voudrait «upgrader» pour être un peu plus moderne. Je suis un professionnel du marketing ; ça ne coûte pas très cher et ça sera extrêmement rentable. Ce sera d’ailleurs autofinancé. Ces deux outils sont multi-société, ils incarnent l’université de Lille mais aussi ses composantes.