Grand AngleN° 5 - octobre 2010

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L’Edhec vise le top 4


Première rentrée dans le nouvel écrin de Croix-Roubaix pour les plus de 3000 étudiants du groupe Edhec. Confortée par son développement à Nice, Paris, Londres et Singapour, l'établissement vedette de la Catho veut devenir une marque internationale reconnue et vise crânement la quatrième place nationale.



« It’s much nicer than Lille ! » Cette américaine affiche un grand sourire en découvrant son nouveau cadre. Bâtiments HQE, chambres et résidence hôtelière, trois restaurants, équipements sportifs hors pair entre salle multisports, piscine, squash et studio de danse, le tout dans un parc de 8,5 hectares : L’Edhec new look offre en un même lieu des services aux normes internationales inédits en France.

L’Ecole de hautes études commerciales (« de » et non pas « des » suite à un procès intenté par HEC Paris) a été créée par le patronat textile roubaisien en 1906. Implantée au coeur de la Catho de Lille, l’école n’a cessé de grossir. Elle a encore doublé en dix ans. La décision de déménager a été prise en 2003.
« Nous pouvions ajouter un étage rue du Port à Lille, mais c’était reculer pour mieux sauter. Nous avons préféré investir 70 M€ sur ce site pour donner à l’école un campus conforme à ses ambitions« , explique Olivier Oger, directeur du groupe Edhec. Cet investissement majeur a été adossé à la vente des locaux lillois, assorti de 13% de subventions et d’emprunts auprès du Crédit Agricole Nord de France et la BSD.

Campus ouvert à la cité

Les 43 000 m² (dont 28.000 m² de bâtiments neufs) du campus seront largement ouverts à la cité. Les entreprises régionales s’approprient déjà ce lieu d’échanges. Rabot Dutilleul y a fêté ses 90 ans, Ernst & Young y a remis son grand prix de l’entrepreneur régional.
« Toutes nos actions Edhec for business trouvent ici leur accomplissement« , souligne Claire Bergery-Noël, directrice de cabinet d’Olivier Oger. Le campus joue également l’ouverture envers les collectivités. En contrepartie des subventions, l’école mènera diverses actions comme du soutien scolaire dans certains lycées défavorisés. En lien avec le pôle de compétitivité des industries du commerce et l’Institut de marketing et de management de la distribution, elle collabore aussi à un projet de magasin virtuel, dans la perspective du futur campus de la distribution de la gare de Roubaix. Dans le domaine artistique aussi, l’école entretient des relations avec le musée de la Piscine, le CCN et Carolyn Carlson, qui devaient animer la soirée d’inauguration du 8 octobre, ou le centre chorégraphique roubaisien « Dance à Lille ».

 

L’Edhec en chiffres

5 500 étudiants à l’Edhec et l’Espème
dont 30 % d’étrangers en provenance de 75 pays, 5 500 étudiants en formation continue

5 campus : Lille, Nice, Paris, Londres et Singapour

Budget: 60 M€ pour l’Edhec (+ 30 % en trois ans)

97 entreprises à l’Edhec Business Club

400 salariés dont 150 professeurs et chercheurs

 

Le site est en outre ouvert aux riverains pour se restaurer ou pratiquer un sport. Conviés à des visites de chantier, ils ont été rassurés sur leur nouvel environnement. Moins sur la question des transports : seul un tiers des étudiants logera sur place ou à proximité, les autres devant covoiturer ou emprunter le tram ou le métro déjà bondés à certaines heures. Certains commerçants de Croix et Roubaix ont cependant déjà tiré avantage de cette implantation. L’un a transformé une partie de sa boulangerie en pizzeria, l’autre a ajouté une friterie à son restaurant. Cela suffira-t-il à créer une vie étudiante sur place ? Pas sûr.

La recherche au coeur de la stratégie

En attendant le rôdage de son nouvel écrin, l’Edhec renforce ses grands axes de développement. A commencer par le choix d’une recherche utile à l’économie et aux entreprises. Celle-ci se traduit par une évaluation des chercheurs selon trois critères : les publications, les moyens générés et les retombées presse. Cette politique de « research for business » a conduit à une refonte des programmes académiques et à une spécialisation des campus. La première, achevée en 2010, a été réalisée en partenariat avec les entreprises suite à une enquête menée auprès de 200 partenaires. Avec pour objectif de coller à leur vision des managers de demain. Après une première année d’apprentissage des  » fondamentaux « , les étudiants choisissent leur master et leur campus. Tous suivent au moins 12 mois de stage et beaucoup optent pour une année de césure en entreprises. La spécialisation des sites a dédié Lille au management, Nice ) à la finance. Paris, Londres, Singapour et peut être New-York en 2012 sont des campus « executives » destinés à la recherche et la formation continue. Avec une vocation avouée : « donner de la visibilité à l’international et tisser des liens avec les entreprises. »

La nouvelle implantation de Singapour a pu être réalisée grâce à la renommée du pôle de recherche « Edhec- Risk Institute », lequel a remporté un appel d’offres pour la création du centre de formation continue. « Le gouvernement singapourien finance notre installation en nous donnant 7 M€ par an pendant cinq ans, soit la totalité de notre budget de fonctionnement » ,souligne Olivier Oger.
2/3 des 12 M€ investis chaque année dans la recherche, soit plus de 20 % des ressources de l’école, proviennent de l’international. Son plus gros sponsor est d’ailleurs la Deutsche Bank qui accorde une chaire d’1 M€.

L’effet réseau contre la crise

Depuis deux ans, l’Edhec a mis en place un plan anti-crise. Façon de sécuriser les financements et l’emploi des diplômés, en mobilisant le réseau des anciens Edhec Alumini. « Nous nous attendons à une baisse de la taxe d’apprentissage calculée sur la masse globale des salaires. Elle représente entre 10 et 12 % de notre budget », énonce Anne Zuccarelli qui cumule depuis juillet les fonctions de directeur des relations entreprises et carrières et des programmes académiques. Même crainte en ce qui concerne l’apprentissage mis en place à Paris en 2006 pour 160 étudiants.  » 52 % de la taxe d’apprentissage est dévolue aux apprentis », poursuit-elle. Selon la direction, la crise ne devrait cependant pas empêcher les entreprises de mettre en avant leur marque employeur en donnant leur nom pour cinq ans à un amphi contre la « modique » somme de 200 000 €.

En juillet dernier, l’Edhec a repris le Management Institute of Paris (MIP), centre de formation continue et école post-bac en cinq ans créés en 2000 par de grands patrons comme Claude Bébéar (Axa) ou Bruno Bich (Bic).

La crise ne semble pas affecter le nombre de candidats au concours. Ils étaient en 2010 plus de 6700 à tenter leur chance à l’Edhec et 4 000 à l’Espeme, l’école post-bac du groupe née en 1988. Des chiffres en hausse régulière.
Un concours accessible à tous comme l’explique Damien Coquet, étudiant en seconde année : « Les frais d’admissions sont gratuits pour les boursiers et il est facile d’obtenir un prêt bancaire sans garantie des parents« . Ce jeune boursier a ainsi obtenu un prêt de 31 000 €, couvrant les frais de scolarité ( 29 550 € pour les trois ans). Une somme importante, mais inférieure à celle des trois parisiennes. Observant depuis 2007 la mondialisation du marché du recrutement -60 % des diplômés occupent une fonction internationale, l’Edhec guide les étudiants de troisième année dans leurs recherches : parcours personnalisé par tutorat, formation aux techniques de recrutement, entretiens… Sans compter que depuis l’an dernier, les cours sont en anglais dès la seconde année. Résultat : en 2009, 58 % d’entre eux avaient signé leur premier contrat avant leur sortie de l’école.