EntreprendreEdito n°63: Juillet-Août 2016

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King Tree veut substituer le châtaignier aux antibiotiques


Arras. Cinq associés nordistes lancent un projet exemplaire d'extrait de châtaignier pour remplacer les antibiotiques vétérinaires. Des applications humaines pourraient suivre vite.


Jean-Benoît Tierny et deux de ses enfants, une corbeille de panneaux de châtaingier en main

Jean-Benoît Tierny et deux de ses enfants, une corbeille de panneaux de châtaignier en main

 

Pourquoi utiliser des antibiotiques coûteux et issus de l’industrie chimique quand on peut exploiter les vertus bienfaitrices du châtaignier ? C’est sur cette idée simple, adossée à 30 ans d’expérience, que Jean-Benoît Tierny, majoritaire, associé à quatre autres investisseurs, se lance dans un projet industriel de grande envergure. Fondateur en 1989 de la société Ecopsi, spécialisée dans l’agroalimentaire, il connaît et défend de longue date les propriétés du châtaignier, beaucoup utilisé pour la tannerie. Mais il possède aussi un puissant antioxydant et est très bénéfique pour le système gastrique. Il protège la paroi intestinale tout en permettant aux aliments de passer.« Notre produit est exceptionnel », s’enthousiasme le dirigeant. Après une longue gestation, la belle idée est devenue entreprise, King Tree (« l’arbre roi » est le nom du châtaignier en Ardèche) , dont le siège est en région, à Arras, mais l’usine dans le Tarn, non loin de Castres, au plus près des forêts de châtaigners, aujourd’hui totalement sous-exploitée. Et de la Tarnaise de panneaux, une entreprise de 116 personnes fabricante de panneaux en fibre humide, avec laquelle de fortes synergies vont pouvoir être trouvées. Au terme d’un investissement de 15 M€, l’usine va avaler chaque année 60000 tonnes de bois dans des autoclaves automatiques qui produiront des extraits sous forme sèche et liquide, utilisables sur les animaux, en substitution à des médicaments. « La plus grosse difficulté de notre dossier a été de convaincre Bercy que l’on met du bois dans la nutrition animale », a expliqué Jean-Benoît Tierny lors du lancement officiel de la société à Arras, à la mi-juin. Des liens sont déjà noués avec le grand volailler LDC : l’extrait de châtaignier peut remplacer les vaccins pour le poulet et les ionophores, un bactéricide controversé.
Des perspectives sont également en négociation auprès d’éleveurs de lapins, et le marché est grand ouvert vers les autres cheptels notamment bovins. Le produit apparaît il particulièrement efficace pour deux moments importants dans la vie de l’animal, le sevrage, et la reproduction. Mais la santé humaine est aussi en ligne de mire : le professeur de gastroentérologie au CHRU de Lille et spécialiste mondial de la maladie de Crohn, Pierre Desreumaux, fait d’ailleurs partie du tour de table, ainsi que Marc Roquette, ancien président du groupe éponyme.

Lauréat­ du ­PIA

Le projet a en outre de nombreux parrains, au premier rang desquels BpiFrance qui a apporté une aide à l’innovation de 600 K€, mais aussi le Programme d’investissement d’avenir, dont il a été lauréat il y a deux mois, avec à la clé 3,7 M€ dont 0,8 M€ de subventions. Le Crédit Agricole Nord de France soutient fortement le dossier –rejoint ensuite par la BNP, la Banque Populaire et le Crédit Coopératif.

Il reste désormais à réaliser l’usine pour entrer en production début 2017. Elle emploiera 25 salariés à ses débuts. Les dirigeants misent sur un chiffre d’affaires de quelque 7 à 8 M€ la première année

Olivier Ducuing