TendancesEdito n°72- Juin 2017

> Portrait

Hervé Montagne, le roi des toilettes mobiles


A 47 ans, Hervé Montagne ouvre une nouvelle phase dans le développement de son groupe Enygea, leader des toilettes autonomes en France. Ce passionné de chasse a le cap des 30 M€ dans le viseur.


H-Montagne 

 

 

Quand Hervé Montagne reprend WC Loc en 2007, il n’imagine pas que la crise va frapper le
monde quelques mois plus tard. A l’époque, cet ancien membre de l’équipe de France de balltrap a cédé son affaire de location de fontaines d’eau en entreprises à Nestlé deux ans auparavant, et met un soin tout particulier à choisir une entreprise à reprendre. «J’ai trouvé tout seul, comme beaucoup de mes reprises depuis», explique le dirigeant. WC Loc réalise alors 4 M€ de chiffre d’affaires et est déjà leader français des toilettes autonomes. Un an plus tard, c’est la douche froide. Très liée à la conjoncture, puisque ses équipements vont beaucoup sur les chantiers du TP et du bâtiment, la société voit le chiffre d’affaires fondre de 15%. A l’étranger, beaucoup d’acteurs perdent la moitié de leur chiffre et disparaissent, comme en Espagne. Malgré l’endettement du LBO, Hervé Montagne fait face, tape dans la trésorerie et fait le gros dos. Avant de repartir de plus belle lors des années suivantes : une acquisition par an en moyenne, dont PSV, en région parisienne, spécialiste de l’événementiel, une croissance organique très solide, et un élargissement du portefeuille produit : la société loue désormais des bases-vie, des sanitaires mobiles complets, mais aussi des unités mobiles de décontamination. Résultat : le chiffre d’affaires a plus que quintuplé, pour atteindre les 21 M€ l’an dernier (exerce clos le 31 mars) pour un effectif de 150 personnes, et un parc de 15 000 toilettes.

Entre temps, Hervé Montagne a lancé un second LBO, ouvert son capital (Société Général Capital Partenaires et BPI) et même ouvert une petite filiale au Portugal. L’opportunité, au départ, de recycler le parc français en fin de course pour une deuxième vie. Mais le succès rapide de cette entité a conduit à la doter aussi d’équipements neufs.

 

Répondre aux besoins

Aujourd’hui, Hervé Montagne aborde une nouvelle phase, que va favoriser la maturité des partici- pations des capital-investisseurs. Pas question pour ce Béthunois de naissance, père de deux enfants, de céder sa holding, rebaptisée Enygea. «Je n’ouvre pas la porte !» Bien au contraire, il table sur une remontée au capital des actionnaires historiques -il est toujours majoritaire, au côté de sa famille et ses amis (20%) et des cadres (1,6%), tandis qu’un nouvel investisseur pourrait apporter de nouveaux moyens de développement. Dans le collimateur de ce chasseur passionné à ses heures perdues : le sud de la France et Strasbourg, où le maillage du groupe est insuffisant, mais aussi l’étranger. «A 5 ans, on aura ouvert deux nouveaux pays proches», lance-t-il. Déjà fort de 35% de parts de marché dans l’Hexagone, le groupe compte aussi sur l’innovation pour se développer. Dernière en date, les toilettes mobiles sèches, lancées en début d’année. Il aura fallu un an aux équipes d’Enygea pour mettre au point cette offre, en lien avec la SCOP montpelliéraine Ecosec. «On discute avec certaines grandes villes. Cela répond à certains besoins», souligne le dirigeant, qui vient d’embaucher une responsable envi- ronnement. Le système permet de séparer les urines, transformées en engrais, des fécès, envoyés quant à eux au compostage. Autant d’orientations qui doivent nourrir une croissance soutenue les pro- chaines années pour viser les 30 M€ dans les cinq ans

O.D.