EntreprendreEdito n°68-Février 2017

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BioTfueL invente le carburant du futur


L’unité expérimentale de bio-carburants 2e génération démarre son activité sur l’exraffinerie Total de Mardyck.


biotfuelAprès les odeurs de friture du bioéthanol, place aux performances bien plus prometteuses des bio-carburants de deuxième génération. Telle est la mission du projet BioTfueL, « une première mondiale qui va permettre de traiter la plus large variété de biomasses issues de résidus agricoles et forestiers », a déclaré Ségolène Royal, Ministre de l’environnement, de l’énergie et de la mer, lors de l’inauguration de la plateforme début décembre à Mardyck. Et surtout de réduire de 90% les émissions de CO2 des carburants fossiles utilisés par l’automobile, le transport aérien ou maritime.

En perspective, le marché mondial. Avec le programme BioTfueL, le groupe Total, accompagné de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), le Commissariat à l’énergie atomique, IFP Energies Nouvelles, Avril, Tyssen Krupp et Axens, vient de se lancer dans cette course technologique. Explications : jusqu’ici, les biocarburants, biodiesel ou bioéthanol, sont fabriqués à partir d’huile de colza, de tournesol ou de la fermentation du sucre et de l’amidon. Leur production rentre donc en concurrence avec les besoins alimentaires humains. La seconde génération, elle, utilisera la lignocellulose des végétaux, soit la totalité de la plante. Et permettra d’exploiter une plus grande diversité de biomasses sous forme de paille, de bois ou de résidus forestiers. Après une phase de torréfaction et de gazéification, des chercheurs parviennent par une voie thermo-chimique à extraire un gaz de synthèse transformable en biogazole ou en biokérosène. Des biocarburants combinés avec des produits fossiles pour compenser la saisonnalité de la biomasse. Reste désormais à passer à l’échelle industrielle.

sroyalDeux démonstrateurs en région C’est l’objet de deux pilotes démonstrateur dans notre région. Le site d’Avril, implanté à Venette (Oise), assure l’approvisionnement en biomasse et les phases de pré-traitement à savoir le broyage et la torréfaction. L’ex-raffinerie Total de Mardyck, après six ans de travaux de réhabilitation, se charge de finaliser les process industriels de purification, gazification et de synthèse. Un travail qui sera effectué par une équipe opérationnelle de 17 personnes et une dizaine d’ingénieurs mis à disposition par les six partenaires. Thyssen Krupp et Axens fournissent la technologie. « Nous allons pouvoir entamer la phase de test », se réjouit Bernard Pinatel, directeur général de la branche raffinage-chimie chez Total. Ce programme R&D s’étalera sur les trois prochaines années dans l’objectif d’aboutir d’ici 2020 aux premières licences industrielles. Budget total : 178 M€ soutenus à hauteur de 30M€ par l’Etat via l’ADEME et 3,2 M€ par la Région Hauts-de-France. Avec le projet concurrent Futorol mené dans la Marne, l’initiative contribuera à l’émergence d’une nouvelle filière industrielle française. Pour la loi relative à la transition énergétique, les énergies renouvelables devront peser 15% de la consommation finale de carburant d’ici 2030.

Etienne Vergne